08mar. 2011
Claude Picano : « l’Education nationale est en bonne santé dans l’Yonne…»
16:23 - Par YonneDeveloppement - Interview - aucun commentaire
A bientôt soixante ans, l’ancien professeur d’anglais, originaire d’Aix en Provence, possède avec le recul suffisamment d’expériences et de maîtrise pour livrer une analyse pertinente de la grande « Maison » qui l’emploie depuis l’âge de ses dix-neuf printemps. A la découverte de l’Education nationale grâce à une rencontre flamboyante avec l’inspecteur d’académie de l’Yonne…
Votre léger accent rappelle vos origines méridionales… Oui, la région d’Aix en Provence dont je suis natif ! J’ai vécu le particularisme d’intégrer très tôt l’académie Aix Marseille par le biais du corps enseignant, puisque à l’âge de 19 ans, je donnais des cours dans la langue de Shakespeare aux jeunes élèves de la ville. Puis, intéressé par le corps d’inspection, je me présente à 31 ans (1981) à l’examen me permettant d’accéder à ce poste. Je l’obtiens ! Débute alors un long périple qui va me conduire à travers l’Hexagone… Quelles ont été vos différentes affectations ?
L’académie d’Orléans Tours marque le démarrage de cette nouvelle fonction. Un peu plus tard, à Poitiers, je collabore au concept des classes « Futuroscope », chères au président de la région Poitou Charente, René Monory. 2003 s’amorce déjà au calendrier et me voilà nommé à Grenoble en qualité d’inspecteur adjoint d’Académie où le potentiel d’élèves à gérer s’élève à 200 000 individus. Quatre ans plus tard, je m’installe dans le Territoire de Belfort avec à la clé le titre d’inspecteur d’académie. Deux années à peine s’écoulent (nous sommes en 2009) et Auxerre me tend les bras pour occuper une fonction similaire ! Avec en prime, c’est une spécificité, la gestion des moyens des lycées… Etre inspecteur d’académie ne doit pas être une fonction de tout repos, vous laissant un peu de temps à consacrer à des hobbys… C’est exact. Pourtant, je ne vis pas en reclus de la société ! Par exemple, je suis membre du Rotary club d’Auxerre. Amateur de musique (classique, arts lyriques, variétés françaises), je pratique même la guitare basse. Je suis un père de famille comblé (son fils promu de sciences politiques Aix en Provence se lance dans la communication évènementielle) ouvert au monde de la culture. La passion de l’automobile m’est viscérale (Alfa Roméo, Alpine Renault). Quant à mon métier, je le considère comme un jeu de rôle intéressant afin de préparer les jeunes générations à intégrer la vie active et nos systèmes économiques ; en parallèle, je dois aussi composer avec les représentants des forces syndicales et favoriser ce dialogue social. Je me plais à dire que je suis à la tête d’une armée mexicaine avec de nombreux généraux… Votre part d’autonomie s’arrête devant le rectorat… Dans l’ordre des choses établies, l’Education nationale fonctionne à partir du ministère et de ses représentants. Puis, intervient le rectorat.
Ce dernier transmet ensuite à son administrateur départemental : l’inspecteur d’académie. Le rectorat détermine le BOP (le budget opérationnel de programme). Cette dotation se répartit équitablement d’un département à l’autre. La mission de l’inspecteur d’académie est de gérer au mieux cette enveloppe globale avec chacun des responsables d’établissement, faisant abstraction de toutes les ambiguïtés inimaginables et dans un climat de parfaite neutralité. Quel regard portez-vous sur l’académie de l’Yonne ? Le territoire icaunais est de moyenne importance avec plus de 60 000 élèves (hors cycles universitaires). Comment cela se décompose-t-il ? 56 000 élèves pratiquent les établissements publics tandis que le reliquat fréquente l’enseignement privé. 32 000 élèves évoluent dans les écoles primaires… Je poursuis avec quelques chiffres : la moyenne d’élèves par classes dans le primaire correspond à 21,62 pour 2 000 professeurs des écoles, 15 000 adolescents suivent leur scolarité au collège (1 000 professeurs). Parmi les nouveautés, signalons la récente création d’une unité ULIS (unité locale d’inclusion scolaire) à Avallon pour les élèves victimes d’un handicap. A ce sujet, l’objectif est d’augmenter la capacité d’accueil de ces élèves en ouvrant de nouvelles unités chaque année. Onze d’entre elles sont dorénavant fonctionnelles…Pour être vraiment complet, une classe aux horaires aménagés a vu le jour au collège Denfert Rochereau à Auxerre, option musique. Reste les lycées… Oui ! Ils accueillent neuf mille élèves pour un total de 800 professeurs (public). A ce niveau pédagogique, il y a de profonds bouleversements. Les mentalités changent. Apprentissage, connaissances générales, voies professionnelles et technologiques : toutes les options reviennent vers un niveau similaire. Prenons la nouvelle classe de première, prévue dès septembre 2011. Déjà applicable dans les classes de seconde (2010), la réforme prévoit un accompagnement personnalisé de l’élève, soit deux heures d’intervention hebdomadaires. D’une part, ceux-ci sont décloisonnés et reçoivent un enseignement commun à l’ensemble des filières. D’autre part, ils sont projetés vers le monde universitaire et la connaissance accrue du monde économique. Cela suppose-t-il l’ouverture de nouvelles filières ? Naturellement. Une classe de 1ère STI (Sciences et techniques de l’industrie, option développement durable) sera fonctionnelle dès septembre. Cette initiative respecte une logique statistique puisque 30 % des élèves se dirigent vers le monde industriel. Plusieurs spécialités permettront d’élargir le champ d’action des élèves : système d’information numérique, énergie et environnement, innovation aux techniques éco conception. Seconde alternative mise en place dès la rentrée : la poursuite de la voie menant à la professionnalisation. Avec la création d’un bac pro sur 3 ans en sanitaire et social et un bac pro service de proximité et vie locale (Vauban à Auxerre) et le bac accompagnement santé et service à la personne, prévu à Tonnerre. Je rappellerai en substance que plus de 500 étudiants fréquentent les seize filières BTS différentes de l’Yonne (notariat, assurances, expert automobiles, assistant technique ingénieur, etc.). Néanmoins, on ne fait pas assez le plein dans certaines filières. Des classes préparatoires atteignent leurs quotas du fait de la présence d’élèves extérieurs au département.
Quel rapport entretient l’Education nationale avec le monde de l’entreprise ? C’est une réussite totale ! 250 entreprises accueillent régulièrement des élèves lors de stages, ceux préconisés dès la troisième. Les entrepreneurs participent au jury d’examens. Mieux, des sujets peuvent être repris au niveau national comme cela s’est produit en 2010 avec un cas d’école concocté par les représentants de Yoplait ! Des dirigeants n’excluent pas d’ouvrir les portes des établissements afin de rencontrer des élèves. Ce fut le cas l’an passé avec des cadres de Hermès Métal, Senoble, Lincet, Movex ou Isoroy. Je citerai aussi le partenariat instauré par la fédération nationale de la plasturgie auprès du plus grand établissement scolaire de Bourgogne, le lycée Marie Curie à Sens. Des plates-formes technologiques voient le jour ici et là. Jamais, les perspectives de collaboration si étroite entre l’Education nationale et le monde de l’entreprise n’ont été aussi encourageantes. Après autant d’années vécues dans le milieu pédagogique, je peux dire enfin que je suis un homme heureux…
Propos recueillis par Thierry BRET

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